inflammation allergie alimentaire perméabilité intestinale Publication

La migraine est une céphalée commune avec une prévalence de 13% chez les hommes et de 33% chez les femmes (Launer et al., 1999). C'est une maladie très invalidante avec des coûts personnels et sociaux élevés (Bond et al., 2011). La migraine peut être considérée comme un trouble inflammatoire neurogène complexe (Waeber and Moskowitz, 2005) (Wang et al., 2010) (Monteith and Goadsby, 2011) , dont la physiopathologie n’est pas encore totalement comprise.

Qu'est ce qui cause la migraine ?

La migraine est une maladie du cerveau, probablement du tronc cérébral associée à une augmentation de la synthèse et de la libération du peptide relié au gène de la calcitonine (CGRP). Une crise de migraine peut être bloqué par des antagonistes de ce peptide (Waeber and Moskowitz, 2005)(Sinclair et al., 2010)(Xanthos et al., 2011). La douleur est générée par les nocicepteurs des terminaisons nerveuses du trijumeau dans la dure-mère. De faibles niveaux de sérotonine peuvent sensibiliser les nocicepteurs des neurones du trijumeau (Maneepak et al., 2009). Les données existantes soutiennent que les taux de sérotonine sont bas entre les crises mais augmentent pendant la crise (Peterlin and Rapoport, 2007)(Chai et al., 2014). Les agonistes de la sérotonine, comme les triptans et ergotamines, qui diminuent la sérotonine sont associés à un soulagement de la douleur aiguë (Sinclair et al., 2010)(Xanthos et al., 2011) (Maneepak et al., 2009). Au contraire, les anti-dépresseurs tricycliques et les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline, qui sont associés à des augmentations de la sérotonine, sont utilisés pour la prévention de la migraine (Chai et al., 2014). Les crises de migraine peuvent être déclenchées par des facteurs intrinsèques cérébraux, la libération du peptide relié au gène de la calcitonine (CGRP), la vasodilatation produite par l’oxyde nitrique, le stress par l’intermédiaire de la CRP (corticotrophine releasing hormone), les cytokines pro-inflammatoires et la dégranulation des mastocytes situés dans la dure-mère (Xanthos et al., 2011).

La migraine: maladie génétique ou environnementale ?

La migraine a un caractère génétique, mais la concordance chez les jumeaux monozygotes est de seulement 20%, ce qui indique l'importance des facteurs environnementaux dans le développement de la maladie (Russell and Olesen, 1995). Un facteur environnemental qui peut jouer un rôle important est le microbiote intestinal. Le nombre de bactéries dans l'intestin humain dépasse celui des cellules humaines d’un facteur 10 environ (Belkaid and Naik, 2013). Plus de 25 maladies différentes sont actuellement associés à des altérations dans la composition de la flore intestinale. À l'heure actuelle, plus d'attention a été accordée aux maladies inflammatoires de l'intestin (MICI), les allergies, le diabète, et l’obesité (de Vos and de Vos, 2012). Au delà des maladies gastrointestinales, le microbiote intestinal peut également contribuer à des maladies systémiques. Cela peut être causé par la migration de cellules immunitaires stimulées par la diffusion systémique de produits microbiens ou de métabolites, ou par la translocation bactérienne en raison de la fonction de barrière intestinale réduite (Wang and Kasper, 2014). Le cerveau et le tube digestif sont fortement connectés par l'intermédiaire du sytème nerveux, endocrinien et immunitaire ((Collins et al., 2012)(Cryan and Dinan, 2012)(Chen et al., 2013)). La communication se produit dans les deux directions, non seulement du cerveau à l'intestin, mais aussi dans le sens contraire. Cette découverte récente sur le rôle de la flore intestinale dans l'axe intestin-cerveau suggère que le microbiote intestinal peut être associé avec les fonctions du cerveau et des maladies neurologiques comme la migraine.

Maux de têtes et symptômes gastro-intestinaux

Pas toutes les études d'observation sont limités à la migraine. Une étude, par exemple, a examiné la relation entre les symptômes gastro-intestinaux et des maux de tête, y compris la migraine (Aamodt et al., 2008). L'étude était une étude transversale basée sur un questionnaire auprès de plus de 51.000 habitants d'un comté en Norvège. L'étude a montré une prévalence plus élevée de maux de tête chez les personnes qui éprouvent des symptômes gastro-intestinaux régulièrement par rapport au groupe de contrôle sans plaintes gastro-intestinales. L'association entre les maux de tête et les plaintes gastrointestinales augmentent avec la fréquence des maux de tête. Donc à la fois la migraine et d'autres types de maux de tête sont plus fréquents chez les personnes se plaignant de troubles gastro-intestinaux.

Quel rôle joue la perméabilité intestinale dans la migraine?

Le survol de la littérature suggère l'existence d'une relation assez forte entre les troubles gastro-intestinaux et la migraine. Un des liens entre les maladies inflammatoires et la migraine est l’augmentation des réponses immunitaires pro-inflammatoires. Dans les troubles intestinaux caractérisés par une perméabilité intestinale accrue comme IBS, l'IBD, et la maladie coeliaque, une augmentation des réponses immunitaires pro-inflammatoires a été rapportés (Schuppan et al., 2009) (Rogler and Andus, 1998)(Liebregts et al., 2007). L’augmentation des niveaux de cytokines pro-inflammatoires comme le facteur de nécrose tumorale alpha et l’interleukin1 beta ont été trouvés dans le sérum des patients migraineux au cours d'attaques de migraine (Kemper et al., 2001). Ces cytokines peuvent agir sur les nocicepteurs du nerf trijumeau, causant la migraine. De même, la migraine et une large gamme de troubles inflammatoires tels que l'asthme, l'obésité, le syndrome métabolique, les allergies et les maladies gastro-intestinales sont statistiquement liés de façon significative (Aamodt et al., 2007)(Kurth et al., 2008)(Bigal et al., 2010)(Sachdev and Marmura, 2012). Le passage de lipopolysaccharides (LPS) à partir de la lumière intestinale dans la circulation déclenchent une forte réponse immunitaire pro-inflammatoires. Les niveaux de LPS passant dans la circulation augmentent lorsque la perméabilité intestinale augmente (leakygut, figure 1). Selon la susceptibilité génétique, les réponses pro-inflammatoires peuvent se produire dans différentes parties du corps, par exemple, dans le cas de la migraine sur les nocicepteurs du nerf trijumeau. La perméabilité intestinale et l'inflammation sont reliées de façon bidirectionnelles: l’augmentation de la perméabilité peut causer une inflammation, mais l'inflammation peut également entraîner une augmentation de la perméabilité intestinale (Marchiando et al., 2010).

Quelles sont les causes d'une augmentation de la perméabilité intestinale

L’augmentation de la perméabilité intestinale et de la translocation de LPS peut être causée par plusieurs facteurs, comme les médicaments, l'exercice, l'activation des mastocytes, l'alimentation, le stress, une alimentation riche en graisse, etc. (Farhadi et al., 2003). La méthode la plus utilisée pour mesurer la fonction de barrière épithéliale est avec le test au lactulose / mannitol. Le mannitol est transportée par la voie trans cellulaire alors que le lactulose est absorbé par la voie paracellulaire. En cas d'augmentation de la perméabilité, plus de lactulose traverse la barrière et se retrouve dans l'urine par la suite. Par conséquent, une augmentation de la perméabilité intestinale est caractérisé par un rapport augmenté lactulose sur mannitol dans les urines (Zhou et al., 2009)(van Nieuwenhoven et al., 1999). Les personnes souffrant d'allergies alimentaires ont une perméabilité intestinale accrue par rapport à des témoins sains (Perrier and Corthésy, 2011). L’hypothèse reliant le rôle des allergènes alimentaires dans la migraine a été peu étudié (Pascual and Oterino, 2010). Cependant, certaines études récentes suggèrent un rôle des allergies alimentaire IgG médiées dans la migraine (Fasano and Shea-Donohue, 2005)(Alpay et al., 2010), une hypothèse qui mérite d'autres investigations. A côté de la migraine, d'autres maladies cérébrales ont été proposés pour être associés à une augmentation de la perméabilité de l'intestin, y compris la dépression, l'autisme, et le stress (White, 2003)(Maes et al., 2008)(Maes et al., 2009).

Abbreviations

CGRP: peptide relié au gène de la calcitonine

GI: gastrointestinal

IBD, inflammatoryboweldisease: maladie inflammatoire de l'intestin

IBS: irritablebowelsyndrome : syndrome de l'intestin irritable

LPS: lipopolysaccharides

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